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Victor Hugo, mon amour

Par Audrey Jean, le 20 décembre 2011 — 8 minutes de lecture

L’année 2012 verra l’anniversaire des 150 ans du chef-d’oeuvre  » Les misérables « . La reprise de  » Victor Hugo, mon amour  » à la Comédie Bastille tombe très à-propos. Ce spectacle brillant met en lumière la passion unissant Victor Hugo à Juliette Drouet à travers leur correspondance prolifique puisque les amants s’écrivirent 23.650 lettres d’amour.


Ils se rencontrent en 1833. Elle joue un petit rôle dans  » Lucrèce Borgia  » et très vite ils deviennent inséparables. Leur passion n’est pas sans heurts. Les attentes d’actrice de Juliette sont inassouvies. Pourtant Hugo lui propose un rôle phare dans  » Marie Tudor  » mais la comédienne ne sera jamais reconnue à sa juste valeur. Qu’importe puisque sa seule vocation est d’aimer Victor Hugo. C’est donc tout naturellement qu’elle l’accompagne durant cinquante ans, assistant à la naissance de l’auteur incontournable et de l’humaniste engagé, et l’épaulant lors de la mort de sa fille Léopoldine. C’est encore elle, qui, au péril de sa vie cache le manuscrit des Misérables lors de l’exil d’Hugo.


L’héroïne de ce spectacle est sans aucun doute la langue française. Anthéa Sogno réunit ici les sublimes lettres d’amour que s’échangèrent les amants mais aussi des extraits de leurs journaux intimes ou des scènes de théâtre. Mais au delà de ces échanges si poétiques, elle réussit également le pari d’y apposer les grands évènements littéraires et politiques de l’auteur romantique. Le spectateur est ainsi en immersion totale au coeur d’une époque historique, vibrant avec ses deux personnages et savourant leurs mots si précieux.


Les espaces sont bien délimités sur le plateau. Le lit, symbole de l’amour des deux protagonistes, trône au milieu de l’espace scénique. De part et d’autre, on retrouve les bureaux respectifs de Juliette et Hugo. Grâce à de simples effets de lumières, on alterne ainsi avec beaucoup de fluidité entre les moments de séparation et ceux où les amants sont réunis. Le lit, pièce maîtresse du décor, est rehaussé tel une estrade où Juliette joue enfin le premier rôle.


Dans des costumes somptueux, Anthéa Sogno et Sacha Petronijevic font plus qu’interpréter avec brio leurs rôles, ils incarnent réellement Juliette Drouet et Victor Hugo. Ils s’approprient leurs mots, ils les rendent tour à tour drôles, touchants et profonds. Leur amour paraît intemporel, si contemporain que le spectateur lui-même est transporté. Mise en scène avec talent par Jacques Décombe, la pièce est un bijou de finesse où toutes les émotions sont justement dosées.


« Aimer c’est plus que vivre. « 

Ce spectacle rend un vibrant hommage au génie de Victor Hugo mais il met surtout en lumière cette femme qui l’a tant aimé. Nul doute que Juliette Drouet fut un pilier et un moteur pour l’auteur, prenant une part importante dans son oeuvre littéraire et politique et dans sa vie.

Un grand moment de théâtre à ne rater sous aucun prétexte.

Audrey Jean


« Victor Hugo, mon amour  » un spectacle d’Anthéa Sogno
Mise en scène de Jacques Décombe

Avec Anthéa Sogno, et Sacha Petronijevic ou Christophe de Mareuil


Du mardi au vendredi à 21H
Le samedi à 17h et 21H
Le dimanche à 15H


La comédie Bastille 

5 rue Nicolas Appert 
75011 Paris 

Locations 01 48 07 52 07
www.comedie-bastille.com

Rencontre avec Anthéa Sogno, créatrice du spectacle  » Victor Hugo, mon amour  » et interprète de Juliette Drouet
Comment avez-vous procédé pour écrire votre adaptation ?

Anthéa Sogno : Pour moi, un spectacle c’est un cadeau, et très petite, on m’a appris qu’un cadeau ne vaut que par l’importance qu’il a pour nous. Il faut offrir ce qu’on a de plus précieux, ce qu’on aime le plus, sinon ce n’est pas une preuve d’amour. La valeur d’un cadeau n’a rien à voir avec le pouvoir d’achat, c’est juste une histoire de générosité, d’attention, d’investissement personnel. En l’occurrence, pour mes adaptations, je lis tout ce que je peux, beaucoup, énormément, je souligne, j’annote, je recopie, je constitue une sorte de banque, un trésor aux mille joyaux. Durant tout ce temps-là, je me réjouis à l’idée de dire ces paroles merveilleuses, de les partager, de les faire connaître aux spectateurs, d’imaginer qu’elles vont, comme moi, les transporter, les émouvoir, leur donner de la force dans leur vie. Personnellement, je ne compte pas le nombre de fois où, dans le désespoir, un bon mot m’a fait rire, une belle pensée m’a encouragée, me donnant la force ou l’humour nécessaires pour affronter la situation et me sortir de l’ornière. En fait, dès les prémices de mon travail d’adaptatrice, les spectateurs sont déjà là avec moi. Je ne sais pas à qui je vais faire ce cadeau, on ne sait jamais pour qui on joue, ce sera pour ceux dont le destin était d’avoir rendez-vous avec nous, ce sera pour mes frères humains. Rien que ce sentiment-là déjà me plaît. J’aime donner à l’aveuglette, parce que je suis certaine que, de toute façon, ce qui me touche touchera tout le monde. En dépit de nos différences, il y a une part commune à tous les êtres humains. Bref, ce n’est qu’après avoir lu et relu tous les écrits de l’auteur sur lequel j’ai jeté mon dévolu, quand je suis certaine d’être devenue sa meilleure amie, de le comprendre parfaitement, de le deviner et de lui être fidèle, que j’ose choisir ce qui, d’après moi, le représentera le mieux dans la diversité de son œuvre. Pour « Victor Hugo, mon amour », la nécessité d’utiliser leurs lettres pour rétablir leur véritable dialogue s’est imposée d’elle-même, de sorte qu’une phrase prise dans une lettre de Victor répond à une autre phrase dans une lettre de Juliette. Ce fut un travail colossal évidemment, vous pensez, mais le plus difficile fut de faire des choix, sinon le spectacle aurait duré toute la nuit. Jacques Décombe m’a beaucoup aidée, car il fallait souvent privilégier l’action à la beauté de certains mots d’amour, et il a ce sens parfait du rythme et des différentes couleurs qu’il faut imprimer à un spectacle pour qu’il soit captivant de la première à la dernière seconde.

D’après vous, quel est le rôle de l’artiste dans la société ?

Anthéa Sogno : Celui-là justement : être un trait d’union, un vecteur entre une source d’inspiration et ceux qui, de par leurs activités professionnelles et leurs responsabilités familiales, ont peu de temps pour penser, rêver, philosopher, apprendre. Chacun de nous à son rôle pour permettre aux autres de jouir du meilleur, et tout comme il y a ceux qui s’occupent de l’agriculture, du commerce, de l’éducation, de la mode, de la construction, de la santé, il y a ceux qui nous permettent de nous élever intellectuellement et spirituellement. Je ne sais plus qui a dit, cela m’a été rapporté par mon professeur, que le théâtre est une bible pour celui qui ne sait pas lire. Le travail d’un artiste est de lire dans toutes choses, d’essayer de comprendre ce qui nous entoure aujourd’hui, ce que les anciens ont dit avant nous, ce que proclame la nature, et de le traduire pour ceux qui ne peuvent pas passer leur vie dans la contemplation et le questionnement existentiel. Un artiste étudie la vie, recherche et ressent les émotions qu’elle procure, et a pour nécessité de les transmettre en les restituant à sa manière.

Et vous qu’avez-vous envie de transmettre plus particulièrement ?

Anthéa Sogno : Tout ce qui est dit dans « Victor Hugo, mon amour », évidemment ! L’amour. L’amour. L’amour ! Et l’amour de la vie aussi, l’amour des gens, de la nature, des bêtes, des livres, le sens des valeurs, le goût de l’effort, la fierté du travail bien fait, la dignité, la noblesse, la générosité… J’ai horreur du gâchis, et je ne supporte pas l’idée que, par manque de culture, il y ait des personnes qui passent à côté de choses extrêmement importantes pour améliorer leur existence. J’ai eu beaucoup de chance, je suis une privilégiée à tous les niveaux, et j’ai le devoir de partager ce que j’ai, ce que je sais, ce que mon expérience m’a offert de compréhension. Si je ne faisais pas tout cela pour transmettre, je m’identifierais à un receleur. On est riche que de ce que l’on donne. Ce qu’il y a d’immense, c’est que plus on donne, et plus on s’enrichit.

Propos recueillis auprès Anthéa Sogno

http://www.victor-hugo-mon-amour.fr/

 

 

Egalement en vente le livre et le DVD du spectacle, toutes les informations sur le site
http://www.victor-hugo-mon-amour.fr/

Audrey Jean