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"Wolfgang" au Théâtre de l'Atalante !

Par Laurent Schteiner, le 8 avril 2015 — theatre de l'atalante, wolfgang, yannis Mavritsakis — 3 minutes de lecture

A l’affiche actuellement au théâtre de l’Atalante, Wolfgang de Yannis Mavritsakis est une pièce qui ne se donne pas ainsi. Elle se conquiert. Inspirée de l’histoire de Natascha Kampusch, enlevée à l’âge de dix ans et séquestrée pendant huit ans, cette pièce traduit aussi bien la monstruosité que l’insignifiance du tortionnaire. Si le poids de l’hérédité de ce prédateur est un facteur majeur, Yannis Mavritsakis y voit les fantômes d’Hamlet et Prométhée s’inviter à cette cruelle histoire. Un spectacle fort, cinglant et osé !


La réussite de cette mise en scène tient au décalage des genres. Tout dans cette pièce respire la contradiction. A l’aspect léger du père de Fabienne répond le caractère ombrageux et méticuleux de Wolfgang. Le caractère joyeux de Fabienne est compensé par la personnalité neurasthénique de Wolfgang. A la lumière s’oppose les ténèbres. Mais ce qui prévaut par-dessus tout est l’insignifiance du personnage dominé par un père dont la misogynie frise la paranoïa et d’une mère encore vivante totalement paranoïaque. La présence fantomatique de ce père disparu accroit une prise de décisions brutale de son engeance maudite. A travers cette pièce Laurence Campet présente avec brio comment l’insignifiance trouve un pendant naturel à la monstruosité. Le temps s’étire douloureusement pour Fabienne. Le public ressent de façon lancinante ce temps qui n’en finit pas de s’égrener provoquant suffocation et oppression face à l’enfermement.

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Joséphine de Surmont et Antoine Doignon campent avec sincérité ce « duo » improbable en assurant une forte présence scénique. Saluons également Hélène Jupin qui nous livre ce personnage saisissant d’une mère paranoïaque. Si Yannis Mavritsakis y voit d’autres ramifications à cette sinistre histoire, ce spectacle fort attire surtout notre attention sur une société qui cannibalise ses enfants.

Laurent Schteiner

Wolfgang de Yannis MAVRITSAKIS
Traduction de Dimitra KONDYLAKI et Emmanuel LAHAIE

Mise en scène de Laurence CAMPET
Avec Joséphine de SURMONT, Antoine DOIGNON, Hélène JUPIN, France DUCATEAU, Pascal HENRY et Dominique VERRIER
Lumières et régie générale : Manon GEFFROY
Images : Nathalie HERVIEUX
Scénographie : Fanny LAPLANE
Régisseurs de l’Atalante : Jaime AZULAY et Etienne HONET
Théâtre de l’Atalante
10 Place Charles Dullin -75018 Paris
www.theatre-latalante.com
Réservations : 01 46 06 11 90
Jusqu’au 12 avril 2015 (Lundi, mercredi et vendredi à 20h30 et samedi à 19h, dimanche à 17h)
Relâche le mardi

 

Laurent Schteiner