Théâtre

Molière sur le divan (au lucernaire du 6 juil au 27 août)

Par Laurent Schteiner, le 11 juillet 2011 — 4 minutes de lecture

La compagnie Malomains nous gratifie au Lucernaire d’une comédie « monstre » et déjantée dont les pères spirituels se nomment Molière et Freud. Jugez du peu. Ce savant mélange nous conduit à décrypter les maladies du corps et de l’esprit à travers les personnages stéréotypés d’une famille sortie tout droit du panthéon de Molière. Cet ensemble conçu avec un humour décalé assure un spectacle original et jubilatoire.

Le délire, omniprésent dans cette farce, trouve son originalité dans les présentations du désir et de la sexualité en général. Les personnages de cette joyeuse troupe arborant des masques blancs à bec et se dandinant, à la façon de gallinacées, recherchent dans la salle un homme à ausculter, qui sera le réceptacle de leurs désirs. Si la symbolique des oiseaux rejoint le thème de la sexualité, le ton de la pièce est donné. A travers la psychologie très marquée de cinq personnages d’une famille « molieresque », Michelle Brulé s’en donne à cœur joie pour convoquer les pathologies les plus célèbres. Ainsi, cette famille dominée par un père tyrannique et hypocondriaque est composée d’une fille, vierge en crise,  d’un fils dépressif, d’une tante obsessionnelle et d’une belle-mère sadomasochiste. Creusant les caractères de personnages dignes d’une comédie de Molière, Michelle Brulé les invite tous sur le divan. Une narratrice, Toinette, maitresse du jeu, interrompant l’action de la pièce et suspendant l’action à son gré pour la bonne compréhension des spectateurs, mène l’enquête. Mais son obstination à enquêter est-elle dépourvue d’intérêt ?

Les costumes reflètent l’univers du XVIIe ou les médecins apparaissaient autour de leurs victimes telles des vautours vêtus de noir et flairant la mort. Les masques à bec étaient portés par les médecins car ils étaient supposés les protéger de la peste. Les personnages de cette pièce sont tantôt habillés de noir, tantôt revêtus de masques blancs. Cette contradiction de couleur induit une différence de comportement. Mais cette apparence est trompeuse car le conscient et l’inconscient ne sont qu’une et  même face de l’individu.

L’originalité de cette pièce qui commence comme une séance de sophrologie témoigne du soin apporté à cette mise en scène et se distingue par une recherche constante d’originalité. Le public en est conscient car les personnages entretiennent avec un jeu de complicité décalé propre à animer le spectacle en salle.

La scénographie apporte un sens à cette comédie en distinguant les personnages en ombres chinoises derrière des paravents transparents. Elle se prête en mettant en valeur la part d’ombre que revêt l’inconscient de sa part visible, le conscient.

Les comédiens, sans exception, jouent juste cette partition un peu folle en nous embarquant dans un monde bien particulier où le langage de Molière est passé au crible de l’analyse freudienne. Ce parti pris de typer les psychologies de chacun des membres de la famille donne à chaque comédien la faculté de s’épanouir dans leur rôle pour le plus grand bonheur du public. Si le rire emporte tout et guérit les tracas quotidiens, ce spectacle nous en apporte la preuve.

Laurent Schteiner

Molière sur le divan de Michelle Brûlé

Mise en scène de Michelle Brulé

Avec Claire Chérel, Bruno La Brasca, Diana Laszlo, Edith Monteil, Paul Spera et Anaïs Tobelem

Scénographie : Claire Chérel

Lumières : Lucie Cauet

photos : compagnie Malomains

Lucernaire

53 rue ND des champs

75006 Paris

Tel : 01 45 44 57 44

www.lucernaire.fr

du mardi au samedi à 18h30 du 6 juillet au 27 août 2011

Laurent Schteiner

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre commentaire sera révisé par les administrateurs si besoin.