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Théâtre : « Hilda » de Marie Ndiaye mes d’Elisabeth Chailloux

Par Laurent Schteiner, le 27 octobre 2021 — Elisabeth Chailloux, hilda, marie ndiaye — 3 minutes de lecture

Elisabeth Chailloux a récemment présenté aux Plateaux Sauvages, l’adaptation du roman de Marie Ndaiaye, Hilda. La mise en scène rigoureuse et alerte d’Elisabeth Chailloux apporte à cette comédie noire un magnifique cachet. Nathalie Dessay y délivre une performance étonnante dans cette histoire singulière.

Mme Lemarchand, bourgeoise de gauche, convoque Frank Meyer. Elle veut engager son épouse, Hilda. Pour 50 francs de l’heure, il s’agit de faire le ménage, de s’occuper de ses trois enfants et de lui tenir compagnie. Pourquoi Mme Lemarchand veut – elle engager Hilda et personne d’autre ? Elle a entendu dire qu’Hilda était saine d’esprit et belle de corps.

Dans sa relation avec Hilda, son employée de maison, Mme Lemarchand fait rapidement montre d’un déséquilibre caractériel qui tient à une forme de vampirisme psychique. Elle fait partie de ces personnes qui se nourrissent de l’énergie des autres jusqu’à aspirer toute leur vitalité. Mais par-dessus tout, elle dispose d’un désir de possession qui la dévore. Hilda devient alors un jouet entre ses mains, une poupée avec laquelle elle joue. Elle lave, habille et maquille Hilda. Ce faisant, elle tente de déposséder Franck de sa femme. Tout lui semble bon pour y parvenir. Franck résiste aux assauts répétés de cette femme à la tête froide qui poursuit sans cesse son obsession démente.

Le verbe et la gestuelle deviennent ses armes afin de dominer et contraindre Hilda et Franck à se soumettre à elle. Le verbe enserre les personnages dans un gant de fer propre à les étouffer. L’arme suprême de Franck, face à ce déferlement de paroles, est le silence. Cette prolixité qui emporte tout sur son passage marque le pas devant cette abstinence de paroles. Puis, Franck oriente sa vie différemment, ne donnant plus corps à un chantage dans lequel il serait inquiété. De sorte qu’elle finit par tourner en rond dans son univers caractériel où la folie n’est jamais très loin, risquant d’imploser à chaque instant. Dépendant des autres pour vivre, elle ne peut survivre seule.

Le personnage de Mme Lemarchand est le rôle principal de cette pièce. De facto, ce personnage omniprésent par sa  folle verve, tient cette pièce de bout en bout. Nathalie Dessay y accomplit une magnifique performance en tenant sur ses épaules tout le propos de cette comédie noire. Gauthier Baillot et Lucile Jégou ne sont pas en reste en apportant de la justesse et de la sincérité à leurs personnages. La mise en scène d’Elisabeth Chailloux s’avère riche et rythmée au fil des chapitres. L’adaptation de cette comédie noire de Marie Ndiaye est une réussite traduisant avec netteté le vampirisme psychique que constitue cette plaie contemporaine.

Hilda de Marie Ndiaye
Mise en scène Élisabeth Chailloux

Avec Gauthier Baillot (Franck), Natalie Dessay (Mme Lemarchand), Lucile Jégou (Corinne)

  • Scénographie et lumière Yves Collet, Léo Garnier
  • Son Madame Miniature
  • Costumes Dominique Rocher
  • Vidéo Michaël Dusautoy
  • Assistanat à la mise en scène Lucile Jégou
  • ©Jean-Louis Fernandez

Les Plateaux Sauvages
5 rue Plâtrières
75020 Paris

loc : 01 83 75 55 70 

Lundi vendredi à  20h jusqu’au 30 octobre 2021

Laurent Schteiner

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