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Théâtre : « Huit heures ne font pas un jour » de Rainer Werner Fassbinder mes de Julie Deliquet

Par Laurent Schteiner, le 6 octobre 2021, mis à jour le 14 octobre 2021 — Huit heures ne font pas un jour, Julie Deliquet, Rainer Werner Fassbinder, TGP — 5 minutes de lecture

Julie Deliquet nous a proposé un spectacle magnifique, Huit heures ne font pas un jour, de Rainer Werner Fassbinder au Théâtre Gérard Philippe. S’agissant d’un triptyque des années 70 à nos jours elle nous convie à un premier volet présentant une délicieuse chronique familiale et ouvrière sur fond de changement des mentalités en RFA. Cette œuvre riche pleine d’humanité et d’énergie positive représente un bel hommage de son auteur à une classe ouvrière en pleine recomposition.Si le paysage ouvrier en RFA dans les années 70 représente la moitié de ses actifs, Fassbinder y a vu une évolution substantielle des syndicats dans l’appréhension de leur propre destin. Sillonnant le pays et se documentant sur l’organisation du travail et la productivité dans les usines, Fassbinder a créé une mini-série entre 1972 et 1973. De cet héritage militant et romanesque, Julie Deliquet s’en est emparée avec une belle réussite. Son adaptation sur scène est proprement hypnotique. Le déroulé de vie de cette famille avec ses tensions et ses particularités nous replonge dans cette époque où la femme post 68 a commencé à s’affirmer en rejetant la domination patriarcale. Ces années-là signent également l’engagement d’un syndicalisme libéré de ses carcans traditionnels en envisageant, loin s’en faut, une forme d’autogestion contrôlée en entreprise. Cet épisode crucial dénote d’un changement de rapports de force dans une société ouest-allemande en perpétuelle évolution. La France ne vivra pas la même expérience. Cette fresque prolétaire rend également hommage à l’accès à la dignité d’un troisième âge longtemps délaquifié.

L’histoire de la famille Krüger-Epp constitue une histoire ordinaire. Mais en ce quelle à de plus ordinaire, elle s’avère être l’archétype inspirant d’une famille prolétaire moyenne en Allemagne de l’Ouest. A travers leur vie, Fassbinder met en exergue les contradictions sociétales de l’époque propres au racisme et à la discrimination sociale interclasse. Sur le plan social, les droits de la femme et de l’enfant deviennent des préoccupations importantes et légitimes appelant une réponse de la société.

En adaptant ces thèmes à la scène, Julie Deliquet ressuscite de belle manière une époque où la cellule familiale, par sa cohésion et sa force d’entraide, disposait des moyens nécessaires pour surmonter ses difficultés avec joie et optimisme. Au fil du temps, ces derniers éléments se sont évanouis dans les multiples tentatives de remise en question des acquis sociaux, les clivages et les tentations populistes de certains. Les comédiens tous excellents, interprétant plusieurs rôles, ravivent avec brio cette belle époque où tout était possible.

Laurent Schteiner

Huit heures ne font pas un jour de Rainer Werner Fassbinder
Mise en scène de Julie Deliquet

avec Lina Alsayed (Monika, soeur de Jochen, épouse d’Harald et mère de Sylvia), Julie André (Käthe, fille de Luise, épouse de Wolf, mère de Jochen et Monika, La cheffe d’atelier) Éric Charon (Wolf, mari de Käthe, père de Jochen et Monika, Rüdiger ouvrier), Évelyne Didi (Luise dite Mamie grand-mère de Jochen et Monika, mère de Käthe et Klara), Christian Drillaud (Gregor, amant de Luise), Olivier Faliez (Harald, mari de Monika et père de de Sylvia, Giuseppe ouvrier immigré), Ambre Febvre (Marion petite amie de Jochen), Zakariya Gouram (Rolf ouvrier, Ernst le nouveau contremaitre), Brahim Koutari (Manfred, meilleure ami et collègue d’usine de Jochen, amour de jeunesse de Monika), Agnès Ramy (Irmgard, collègue de bureau de Marion M), David Seigneur (Franz ouvrier puis contremaitre), Mikaël Treguer (Jochen fils de Käthe et de Wolf, frère de Monika), Hélène Viviès (Tante Klara, fille de Luise et soeur de Käthe, Petra Ouvrière)

  • COLLABORATION ARTISTIQUE Pascale Fournier, Richard Sandra
  • VERSION SCÉNIQUE Julie André, Julie Deliquet, Florence Seyvos
  • SCÉNOGRAPHIE Julie Deliquet, Zoé Pautet
  • LUMIÈRE Vyara Stefanova
  • SON Pierre De Cintaz
  • COSTUMES Julie Scobeltzine
  • RÉGIE GÉNÉRALE Léo Rossi-Rot
  • crédit Pascal Victor/Opale

Théâtre Gérard Philipe, Centre dramatique national de Saint-Denis
59, boulevard Jules Guesde 93200 Saint-Denis
Billetterie : 01 48 13 70 00
www.theatregerardphilipe.com / reservation@theatregerardphilipe.com

Jusqu’au 17 octobre 2021 à 19H30

Dates de tournée :
⇒Du 4 au 8 janvier 2022, Domaine d’O, Montpellier
⇒Le 14 janvier, Espace Marcel Carné, Saint-Michel-sur-Orge
⇒Du 19 au 23 janvier, Théâtre des Célestins, Lyon
⇒Du 2 au 4 février, MC2 : Grenoble, scène nationale
⇒Les 9 et 10 février, La Coursive, scène nationale de La Rochelle
⇒Du 16 au 17 février, Théâtre de la Cité, centre dramatique national, Toulouse
⇒Les 24 et 25 février, Comédie de Colmar, centre dramatique national Grand-Est Alsace
⇒Les 4 et 5 mars, Châteauvallon – Le Liberté, scène nationale, Toulon
⇒Du 10 au 12 mars, Théâtre Joliette, Marseille, scène conventionnée
⇒Les 17 et 18 mars, Théâtre de l’Union, Limoges, centre dramatique national
⇒Du 23 au 25 mars, Comédie, centre dramatique national de Reims
⇒Les 6 et 7 avril, Comédie de Caen, centre dramatique national de Normandie

 

Laurent Schteiner

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