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Théâtre : « Soie » d’Alessandro Baricco dans une mes de William Mesguich

Par Laurent Schteiner, le 14 octobre 2021 — alessandro baricco, Lucernaire, sylvie dorliat, william mesguich — 3 minutes de lecture

Le Lucernaire nous offre à actuellement un joyau à travers l’œuvre phare d’Alessandro Baricco, Soie. Avec subtilité, William Mesguich a axé sa mise en scène sur Sylvie Dorliat qui en plus d’être une excellente comédienne, s’avère être une magnifique conteuse. Ce spectacle est un bonbon à déguster !

Soie se présente comme un voyage au long cours pétri d’aventures tumultueuses. Mais à y regarder de plus près, il s’agit d’un autre voyage. Celui-là plus profond, plus intime.

Le phrasé et le ton de la voix de Sylvie Dorliat s’adressent immédiatement à notre imaginaire qui met en images cette fabuleuse histoire.  Il y a dans ce conte quelque chose d’hypnotique, fascinant. Sylvie Dorliat déroule cette pièce avec maîtrise, précision accompagnée d’une infinie douceur. Les jeux de lumières ainsi que les sons concourent à renforcer notre imagination. Les changements de rythme de la narratrice nous tiennent en haleine.

Nous sommes en 1860 dans un village nommé Lavilledieu, dans le Vivarais où Hervé Joncour vit avec son épouse Hélène. Son métier l’amène à acheter et revendre des œufs de vers de soie. Mais la pébrine menace l’Europe.  Il entreprend alors quatre voyages au Japon pour acheter des œufs de vers sains afin d’alimenter les sériculteurs locaux de la région. Le Japon, peu connu, semble dangereux. Lors de son premier voyage, il va tomber follement amoureux d’une jeune femme à l’allure occidentale. Cette jeune femme n’est autre que la maitresse d’Hara Kei, son pourvoyeur de vers à soie. Hervé Joncour ne se doute pas un instant que sa vie en sera bouleversée à jamais. Cette jeune femme est entrée dans sa tête et sublime son existence jusqu’à le hanter. Ses retrouvailles avec Hélène sont toujours pleine de passion. Mais il a toujours hâte de parcourir la moitié du monde traversant l’Europe et la Russie pour rejoindre cet amour impossible.

Il y a chez Baricco cette sensualité subtile matinée d’une délicatesse exquise et de pudeur empruntées à l’Orient.  Sylvie Dorliat traduit avec justesse cet état d’esprit qui préside à cette rencontre magique. Il y a forcément une frustration qui tient éveillée la sublimation de cette femme inaccessible. Mais Alessandro Baricco, en magicien de l’écriture, nous réserve une surprise finale nous plongeant dans un tourbillon d’émotions nous touchant en plein cœur. William Mesguich a su, avec talent, mettre en harmonie les fils de la soie et les fils qui tissent cet amour impossible. Un très bel ouvrage !

Laurent Schteiner

Soie d’Allessandro Baricco 
Texte de Françoise Brun
Mise en scène de William Mesguich

avec Sylvie Dorliat

  • CRÉATION LUMIÈRE : WILLIAM MESGUICH
  • CRÉATION SONORE : DAVID VAN TONGERLOO
  • CRÉATION VISUELLE : KARINE ZIBAUT

Lucernaire 
53 rue ND des champs
75006 Paris
tel : 01 42 22 66 87

www.lucernaire.fr

Laurent Schteiner

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